Justices, rites et représentations du XIe au XVIIe siècle
Tipologia
Altro
Finanziatori
Maison méditerranéenne des sciences de l'homme (mmsh) - Université de Provence (Aix-Marseille I) - Institut national des sciences humaines du Cnrs
Responsabile
Faggion Lucien - Verdon Laure
Componenti Persone e istituzioni
Audisio Gabriel, Boyer Jean-Paul, Coulet Noël, De La Ronciere Charles, Faggion Lucien, Foulon Jean-Hervé, Gallo Alexandra, Gandoulphe Pascal, Luciani Isabelle, Pécout Thierry, Regina Christophe, Roux Claude, Verdon Laure
Presentazione
Les sociétés rurales et urbaines sont parvenues, en Europe occidentale, à créer des cadres juridiques, formels ou informels, à l’intérieur desquels elles ont tissé le lien social, géré les pulsions individuelles, réglé les conduites de chacun au nom des pouvoirs, de la religion et de la morale. L’État naissant, la réforme de l’Église, puis celle des Églises à partir du XVIe siècle, ont contribué à poser des normes destinées aussi bien à permettre le fonctionnement de l’administration qu’à réguler les comportements individuels. Les attitudes et les choix idéologiques peuvent varier d’une région à une autre, quelle que soit la confession adoptée, et contribuent à dégager des rapports interpersonnels qui ne peuvent occulter l’existence de rivalités, de tensions, parfois violentes, dont la résolution suit des modalités particulières qu’il convient de saisir. Les acteurs impliqués, les outils de pacification, les discours, ainsi que les rites déployés rendent compte des approches multiples proposées par les sociétés entre le XIe et le XVIIe siècle.
L’analyse de la régulation sociale, sous des aspects variés, se situe à la croisée de la recherche scientifique : elle souhaite s’approprier l’histoire sociale et politique, le facteur religieux, le droit, la sociologie, l’ethnologie et l’anthropologie. Les séminaires tenus ces dernières années, dans le cadre des rencontres entre historiens et juristes, ainsi que dans celui des notaires, ont permis d’affiner un sujet aux multiples facettes. Aux discours imposés par les dominants – État, Églises, seigneurs, communautés urbaines… – s’ajoutent les pratiques qui structurent le quotidien, filtrées par les intermédiaires (notables, auxiliaires de la justice…), actualisées par la parole, le geste et le rite. Chaque phase de la régulation sociale respecte et suit un ensemble de normes préexistantes, mais peut également en créer de nouvelles, dont la justification et la légitimité doivent être appréhendées à la fois de façon diachronique et synchronique, afin de traduire le fonctionnement des sociétés du Moyen Âge et de la première modernité.
La parole, le geste et le rite aident à lire le système de parenté, à déceler les systèmes d’échanges (don et contre-don) et à percer la logique des cérémonies jouées dans un espace privé et/ou public, garant de la légitimité des pouvoirs et des représentations de ceux-ci. Le chantier collectif d’édition des trente registres de l’enquête commanditée par le comte de Provence et roi de Naples Robert Ier dans les années 1330 (programme « Leopardus » porté par T. Pécout) s’inscrit pleinement dans cette perspective. La procédure inquisitoire, à l’origine tant des enquêtes administratives que des reconnaissances seigneuriales, met en effet en jeu ces aspects en conférant un caractère public et ritualisé à l’aveu de domination que les témoins professent lors de la prestation du serment préalable à l’interrogatoire. Une telle thématique sera l’objet d’un colloque, envisagé pour l’année 2009, organisé par « Leopardus » avec la participation des médiévistes du groupe. Qu’il s’agisse des solutions données par la justice civile ou pénale, la régulation sociale opérée par les autorités officielles permet de cerner les idéologies dominantes, leurs stratégies discursives, le jeu de la médiation et de l’arbitrage propice à la concorde, les rapports entre les pouvoirs et le sacré, par le biais du rite et du rituel. Ainsi, l’étude du lien social permet de solliciter et de réunir des spécialistes provenant des différentes branches des sciences humaines, afin de mesurer avec précision les multiples variantes du phénomène social, appréhendé dans son approche du droit et de la pratique, du pouvoir et de la sacralité ; elle invite également les chercheurs à dégager les rapports pouvant exister entre la justice et les individus. Ainsi de la justice civile et criminelle on peut passer à l’infrajustice, à la parajustice et à l’extrajustice, autant de réponses données par les sociétés d’autrefois aux difficultés liant des membres d’une même communauté, soucieuse d’ordre et d’harmonie. Le champ de l’émotion peut également se révéler être investi par ces discours normatifs et l’affectif sous toutes ses formes devenir un instrument de régulation. Ainsi, les éventuelles transgressions comportementales peuvent être saisies par les instances judiciaires. Une telle sensibilité se situe au cœur des préoccupations du programme de recherche ANR EMMA, notamment par l’organisation d’une table ronde prévue au printemps 2008 sur le thème de « La politique des émotions : émotions et processus de régulation », dont les modalités pratiques sont confiées d’ores et déjà à notre groupe.
L’espace judiciaire reste dès lors un très vaste champ d’investigation qui ne paraît pas avoir livré tous ses secrets et qui soulève encore un nombre élevé d’interrogations en mesure d’éclairer le fonctionnement réel de la société, qu’elle soit urbaine ou rurale. Depuis les années 1970, sous l’impulsion de l’École des Annales, de la sociologie et du droit, la violence a figuré comme l’un des champs de la recherche en histoire médiévale et moderne les plus novateurs et stimulants. Sensibles au quotidien, aux échanges, fondés sur le principe de réciprocité et d’égalité supposée, les historiens se sont préoccupés de cerner le langage de la violence, ses propres logiques et ses modes de résolution. Dispensée par le seigneur local, les juges d’une ville sujette ou ceux d’une capitale, la justice aide à cerner la probable solidité du tissu social, à mesurer de façon effective les procédés de régulation, ainsi que les voies de la conciliation au sein de la communauté. Quels sont les outils légaux ou informels utilisés, quelles sont les approches adoptées par les membres de la société face à la violence familiale, parentale, sociale, professionnelle, religieuse ? Il est dès lors inévitable de considérer les moyens pour accéder à la paix et établir, voire recréer, des équilibres rompus par une altercation verbale ou physique. La recherche de la concorde demandée par les parties en litige, mais également sollicitée par la communauté, suit inexorablement des rites précis, exprimant une logique susceptible de mettre au jour les liens établis au sein du corps social, qu’il soit seigneurial, religieux, citadin, rural, professionnel. Elle répond également à un idéal, celui du « Bon Gouvernement ».
Risultati attesi
Dans le cadre de ce groupe, il est prévu d’organiser deux journées d’études par année et une publication d’ensemble, sur les thématiques qui se seront révélées être les plus fructueuses.
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